Mal écrire n’est pas si anodin.
Cela peut correspondre à un défaut d’apprentissage ou de technique mais cela cache souvent une difficulté plus profonde liée au développement psycho-affectif de l’enfant.
Car l’écriture est bien plus qu’une technique ou l’acquisition d’un savoir. Etant une communication par figuration symbolique, l’acte d’écrire implique la capacité de se représenter l’autre, absent.
Le maintien d’une écriture jugée suffisante repose sur une organisation narcissique du sujet suffisamment structurée pour permettre cet accès au symbolique.
Le fait de mal écrire n’est donc pas, dans cette approche, la simple conséquence d’un dysfonctionnement instrumental ou d’une maladresse. Ces troubles sont souvent considérés comme révélateurs d’un trouble d’origine narcissique et présymbolique, touchant aux fondements mêmes de l’appareil psychique. Et il est alors important, plutôt que de s’acharner ou de stigmatiser, d’accompagner l’enfant en difficulté dans cet apprentissage par une rééducation graphologique adaptée intégrant la dimension psychologique.
La difficulté d’accès au symbolique
Chez l’enfant qui écrit mal, la difficulté n’est généralement pas le signe d’un trouble déficitaire ou d’un dysfonctionnement instrumental appelant une simple réparation. Au contraire, elle est souvent révélatrice d’un trouble psychique sous-jacent, renvoyant à une organisation psychique particulière. Ces troubles sont souvent classés dans la catégorie des troubles d’origine narcissique qualifiés de présymboliques, car ils touchent aux fondements mêmes de l’appareil psychique.
Ces enfants se structurent souvent autour d’un idéal du moi exigeant, cherchant à éviter la confrontation aux réalités ou aux contraintes qui mettraient à mal leur position de toute puissance.
La difficulté spécifique de ces enfants réside dans l’inscription symbolique qui passe par la trace corporelle. La transformation de la proto-écriture pulsionnelle (imagée) en tracé symbolique ne s’est pas totalement accomplie. Pour que l’écriture devienne symbolique, il est nécessaire que l’enfant réussisse le refoulement de la première écriture imagée.
Pour ces enfants en difficulté d’écriture, la lettre reste une étrangère ou une intruse : elle est mal faite, déformée ou inachevée, car l’enfant refuse de lui accorder son appartenance symbolique.
En parallèle, l’implication corporelle est excessive et totale : elle se manifeste par de la tension, de la raideur et de la crispation. Cette crispation peut être interprétée comme la métaphore corporelle d’une résistance à l’avènement d’une représentation psychique.
L’écriture, que Sigmund Freud qualifiait de « langage de l’absent », exige de l’enfant une capacité à accepter et à se représenter l’absence et la séparation. L’enfant qui parvient à jouer seul en présence de sa mère est celui qui deviendra capable d’écrire à l’autre absent comme s’il était là. Le sens de la thérapie est donc de permettre à l’enfant d’accéder à la capacité de tracer seul une trace qui lui appartienne.
L’approche thérapeutique spécifique de la graphothérapie
Face à ces enjeux profonds, l’approche nommée graphothérapie par René Diatkine, dans la lignée des travaux de Julian de Ajuriaguerra, a été développée comme une psychothérapie spécifique des troubles de l’écriture.
Cette approche ne se limite pas à la rééducation des gestes. Le travail thérapeutique est défini comme une psychothérapie utilisant la médiation du corps engagé dans des tracés projectifs.
Dans ces cas, les objectifs du travail psychique sont archaïques et visent le renforcement du pare-excitation, l’amenuisement des mécanismes de clivage et une structuration narcissique plus saine et autonome.
L’élaboration s’effectue dans un cadre où l’enfant est invité à produire des tracés primaires (ni dessin, ni écriture) sur une grande feuille, en étant attentif à ce qui se passe dans son corps. Le but est d’accompagner l’enfant dans un « corps-à-corps thérapeutique, élaboratif ».
La trace peut alors acquérir une valeur symbolique parce que relationnelle.
La finalité est de permettre à l’enfant d’accéder à la capacité de tracer seul une trace qui lui appartienne entièrement, dégagée des tensions psychiques et des résistances corporelles, afin que l’écriture puisse fonctionner de manière fluide, distanciée et automatisée.
L’exemple d’une prise en charge pragmatique : Les Lettres d’Élise
Les graphothérapeutes certifiés s’appuient sur cette compréhension holistique tout en visant des objectifs concrets qui répondent aux souffrances et aux freins scolaires quotidiens de l’enfant.
À Bordeaux, Élise Lesgourgues, graphothérapeute et ancienne enseignante, propose une prise en charge (décrite sur son site, Les lettres d’Élise) qui intègre ces objectifs fondamentaux dans une pratique accessible.
Ses objectifs de rééducation sont clairs : permettre d’écrire avec aisance, plus rapidement, sans douleur, et avec une écriture lisible. Cette approche vise à améliorer le geste graphique pour éliminer la lenteur, les douleurs et l’inefficacité, souvent observées par la fatigue excessive, les crispations ou le rejet des tâches d’écriture.
Ce qui rend cette approche particulièrement pertinente pour la formation en thérapie par le jeu est que la pratique s’appuie sur le ludique et le plaisir pour progresser. En s’appuyant sur le jeu, la graphothérapie aide à faire renaître le plaisir d’écrire et à restaurer la confiance en soi.
En améliorant la compétence d’écriture, la graphothérapie soutient la construction narcissique, par la satisfaction de faire dans un mouvement qui s’engage, s’éprouve, se renforce, puis par la satisfaction de bien faire. Les conflits psychiques s’apaisent et rendent accessibles les apprentissages scolaires (lecture, orthographe, concentration).
L’écriture manuscrite reste en effet un outil fondamental qui active des zones du cerveau liées à la mémoire, à la concentration et à la créativité. En combinant l’amélioration technique et la prise en compte de la dimension émotionnelle et symbolique, la graphothérapie offre à l’enfant un chemin d’autonomisation pour que sa main puisse écrire toute seule, libérée des tensions psychiques et physiques.
Cette approche illustre l’intérêt d’un accompagnement global de l’enfant qui ne se concentre pas uniquement sur la vision opératoire ou symptomatique des dysfonctionnements mais bien sur une approche globale du sujet.


